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Histoire - Seconde Guerre Mondiale (1939-1945)
Les prisonniers de guerre (1e partie : 1940)

Suite à la reddition de l'armée belge le 28 mai 1940, les soldats belges sont transférés dans des camps de prisonniers en Allemagne. Ces camps se divisent en deux catégories; le Stalag, camp pour hommes de troupes et sous-officiers, et l'Oflag camp pour officiers et parfois aussi sous-officiers.

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Le transfert vers l'Allemagne

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Le transfert vers l'Allemagne s'effectue en plusieurs phases. Tout d'abord le rassemblement des soldats, en général regroupés par régiment, dans d'anciennes casernes belges ou parfois dans des prairies. Ensuite le transfert proprement dit, parfois à pieds, mais le plus souvent en train ou en bateau.

Le cherattois Pierre Loix embarquera à bord d'une péniche à Anvers, pour remonter le canal albert jusque Liège, et ensuite être mis dans un train jusqu'à son arrivée au Stalag XVIIB à Krems en Autriche.
Son beau-frère, Dédica Deby partira en train d'Ostende le soir du 28 mai pour arriver le 30 au Stalag VA à Ludwigsburg près de Stuttgart.

Les conditions de transport sont épouvantables; il fait une chaleur étouffante, les prisonniers ne reçoivent pratiquement rien à manger et à peine à boire, l'hygiène est inexistante.
Ce trajet sera un des pires moment du prisonnier. Le départ vers l'inconnu pour une durée inconnue, le sentiment de crainte mêlé à la frustration de la défaite et l'ignorance du sort de ses proches, les conditions du voyage et le manque de tout les marqueront à tout jamais.

L'arrivée au camp

Une fois arrivés dans le camp, les prisonniers sont fouillés sans ménagement avant d'être répartis dans des baraquements, le plus souvent en bois ou en brique. Parfois, les prisonniers eux-mêmes doivent construire leurs baraquements, logeant pendant ce temps dans des tentes.

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Les camps sont en général constitués d'une ou plusieurs rangées de baraquements entourés d'une double ceinture de barbelés, souvent flanqués de tours de gardes. Ils disposent également de bâtiments administratifs, d'une infirmerie, d'une poste, de magasins, d'une cantine, de bains et bien sur d'un corps de garde.

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A leur arrivée, les prisonniers manquent de tout. Ils ont pour seuls vêtements leur tenue militaire, et leurs effets personnels sont réduits au strict minimum, lorsqu'ils ne sont pas carrément dépouillés. La nourriture manque, et les trafics de toutes sortes s'installeront petit à petit. Certains prisonniers en arriveront même à échanger leur alliance contre quelques cigarettes.

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Photo de gauche : Joseph Maréchal (à droite) ; Photo de droite : Dédica Deby

Une tâche est confiée à chaque prisonnier. Certains remplissent des fonctions administratives ou d'intendance au camp, alors que d'autres forment des "Kommando" ou groupes de travail, assignés à un chantier, une usine ou une ferme, à l'extérieur du camp.

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Georges Maréchal et son Kommando du Stalag IA

Les prisonniers assignés à un Kommando sont en réalité de la main d'oeuvre bon marché, dont a besoin l'économie de guerre du IIIe Reich. Le prisonnier perçoit un salaire (équivalent à 60% du salaire d'un ouvrier allemand), amputé des frais de nourriture et de logement. Les journées peuvent compter jusqu'à 12h de travail, et le Kommando est toujours accompagné de gardes.

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Pierre Loix et son Kommando du Stalag XVII B en 1940


Le traitement et la discipline dans les camps est variable et dépend surtout du commandant. Parfois celui-ci est correct et humain, parfois il est intraitable, voire sadique. Dans l'ensemble, les prisonniers belges sont relativement bien traités, même si les conditions de détention restent pénibles. L'attitude des gardes envers les prisonniers est variable, parfois correcte, surtout venant de soldats issus des classes plus âgées; parfois brutale, surtout dans le cas de gardes issus de la SS. Les coups de crosse sont monnaie courante, et parfois même pire...

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Dédica Deby et son Kommando du Stalag VA, fin juin 1940

En dehors de leurs gardes, les prisonniers sont également amenés à cotoyer d'autres prisonniers, de différentes nationalités. Là aussi des contacts se font et des liens se créent, même si certains ne seront pas toujours amicaux.

La correspondance

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Durant leurs premières semaines dans les camps, les prisonniers ne reçoivent aucune nouvelle de leurs familles, car la bataille de France n'est pas terminée. Ils peuvent cependant inscrire l'adresse de leur famille sur un bout de papier, qui sera envoyé chez eux par la Croix-Rouge, avec la mention "en vie". Il faudra attendre début juillet pour que les cherattois reçoivent les premières lettres des camps via la "Kriegsgefangenenpost", le service de poste des prisonniers de guerre. Par la suite, ils auront droit à un certain nombre de lettres et de colis par mois.

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Dans sa première lettre à sa famille, Dédica Deby écrit :

"Mes chers Parents,
C'est avec une grande joie que je puis vous écrire quelques mots et vous faire savoir que je suis en bonne santé malgré les durs moments que j'ai du endurer. Voilà chers parents un mois que je suis prisonnier en Allemagne où je travaille dans une ferme et où je mange très bien.
J'espère que vous êtes en bonne santé et que vous n'avez pas trop souffert. Je voudrais que vous m'écriviez le plus tôt possible, dès que vous recevrez ma lettre, et que vous me donniez tous de vos nouvelles. J'espère que Pierre (Loix, son beau-frère prisonnier) aura pu vous écrire lui aussi puisque je puis le faire. Vous direz à Servais (Schurgers, un ancien voisin de la Rue du Curé) que j'ai vu son frère Joseph de Hollande prisonnier avec moi en Allemagne.
Je vous demande de m'envoyer un petit colis avec du tabac et des papiers à cigarette (barré par la censure avec la mention défendu). J'espère que papa a toujours du travail et que l'atelier est toujours en bon état.
En attendant le plaisir de vous revoir et de recevoir de vos nouvelles le plus tôt possible, je reste  votre fils qui vous aime.
Dédica Deby."

Dédica travaillera à la ferme jusqu'au 8 septembre, pour ensuite travailler chez un menuisier. Il sera content de ce changement qui correspond à son métier, mais les journées resteront dures, avec un réveil à 5h du matin pour un retour à 21h...

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Les familles pourront répondre à leur tour, tout d'abord en utilisant des cartes postales classiques de la poste belge, et ensuite des lettres spéciales pour prisonniers de guerre. Le service postal de 1940 sera régulier, malgré parfois quelques lenteurs.

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Les prisonniers reçoivent des nouvelles du village, où tous sont en attente d'un possible retour, ou au moins de bonnes nouvelles. Servais Schrugers, Victor, André Etienne, Louis Danthine, Monsieur Ruwet, le vicaire, les Walthéry, les Blistin, les Maréchal.

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Dédica écrit 3 fois par mois à sa famille, mais les réponses tardent à arriver, les courriers se croisent et parfois n'arrivent pas... la censure veille.

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Dans ses lettres, Juliette Deby décrit plusieurs colis envoyé à son frère :

  • 1 sachet de jus, 4 paquets de cigarettes, 2 cigares, 1 sachet de chique, 7 bâtons de chocolat, 1 speculoos et 4 bonbons. Le colis était limité à 1kg maximum, mais bientôt les prisonniers recevront des colis de 5kg.
  • Un autre colis comprenant 2 paires de chaussettes, 1 paire de gants, 1 passe-montagne, des bonbons, 2 carrés de chocolat, 2 paquets de cigarettes, 1 paquet de tabac, 1 pipe, 1 morceau de couque et 5 bâtons de chocolat.
En attendant de recevoir du tabac, Dédica Deby fume des feuilles de marronnier pour "faire passer l'envie" comme il dit. Dans une de ses lettres, il blaguera en décrivant la "binette" que font les mouches à cause de l'odeur. L'habitude s'installant, le moral remonte peu à peu, malgré l'hiver qui approche. Il y aura 60 cm de neige à Stuttgart au mois d'octobre...

Le retour au paysLoix_12121940_liberation_camp

Le 15 décembre 1940 dans sa maison de la Rue du Curé, Juliette Deby écrit une nouvelle lettre à son frère prisonnier. C'est alors qu'elle entend frapper à la fenêtre : "Pierre est rentré ! Juliette, ton mari est là, il est rentré !" Juliette lâche son porte-plume et court le plus vite qu'elle peut à l'extérieur. Elle tremble tellement qu'elle croit faiblir, mais quel bonheur de voir le rentrer.

Pierre Loix est un des premiers cherattois à rentrer de captivité, son ordre de libération lui sera donné le 12 décembre 1940. Il rentrera à Cheratte le 15 décembre, et son retour sera acté par l'administration communale le 16.

Pierre a la chance de faire partie des nombreux soldats flamands renvoyés au pays pour Noël. Pour les wallons et les militaires de carrière, c'est une autre histoire, la plupart resteront en Allemagne jusqu'en 1945.

Le hasard des rencontres

Le hasard de la guerre fera se rencontrer plusieurs prisonniers cherattois en Allemagne. Joseph Schrugers rencontrera Dédica Deby en juin 1940, Joseph Maréchal et Dédica Deby se verront et se parleront près de Stuttgart fin octobre 1940.

Les prisonniers s'écriront aussi d'un camp à l'autre. Dédica Deby et Pierre Loix correspondront fin 1940.

Les relations avec la population locale

Durant leurs travaux avec les Kommando, les prisonniers sont amenés à rencontrer la population civile allemande. Certains se comporteront bien avec les prisonniers, d'autres non.
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Pierre Loix aura la chance d'être affecté à un Kommando travaillant dans la ferme Lechner à Krems.
A l'inverse de la plupart des Kommando, Pierre devra rentrer au camp chaque soir, car la ferme n'est pas suffisamment éloignée du camp pour qu'il puisse y loger. Il travaillera dur, mais les Lechner seront bons avec lui. Leur fils servant dans la Wehrmacht aidera à faire passer de la correspondance.

En 1982, Pierre retournera à Krems à l'endroit de sa captivité. Il rencontrera les enfants des Lechner avec qui il évoquera ses souvenirs.


 

Mis à jour (Vendredi, 14 Mai 2010 11:18)

 

Commentaires  

 
+1 #7 RE: Les prisonniers de guerrelysens 11-10-2011 17:42
Bonjour je recherche des photos du Stalag V-A où mon père Jules J Lysens(artiste peintre et prof.de dessin) était fait prisonnier

Merci
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+1 #6 RE: Les prisonniers de guerreAdministrator 02-12-2010 13:57
Bonjour,

Cet article est dédié aux prisonniers de guerre du village de Cheratte.
Nous ne pouvons malheureusement pas vous renseigner sur les prisonniers issus d'autres villages, nous n'avons aucun renseignements sur eux.
Je vous suggère de contacter les sites suivants :
http://www.vetera.be/
http://www.cegesoma.be/

Concernant la photo de Mr Deby, nous ne connaissons malheureusement pas l'identité des autres personnes.
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0 #5 Photo.Jacques 02-12-2010 11:26
Bonjour,
Puis-je connaître les noms des prisonniers présents sur la photos du petit groupe situé juste sous la photo de M.Deby ?
Je me demande si mon papa ne figure pas sur cette photo.
Merci.
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+3 #4 Recherche endroit prisonnier de guerresneppe patricia 09-11-2010 14:48
Bonjour je suis la petite fille de Mr Schutijzer Pierre de Bruxelles je recherche le lieu de sa détention durant la guerre où il a fait la connaissance de ma grand Mère Polonaise ils se sont échapper je voudrai savoir le lieu de leurs rencontre ils sont tout les 2 morts jeunes je trouve à 46 et 51 ans j'avais 5 ans et ne connais pas leurs histoire ma mère est née le 15 10 1945 a Bruxelles
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+1 #3 recherchemolinier Paul 07-11-2010 11:03
je souhaiterai savoir si quelqu'un a connu mon père Paul MOLINIER STALAG 1A .95 ans aujourd'hui.Merci d'avance de me contacter .
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+2 #2 recherchedesert 24-09-2010 00:18
je voudrais savoir si quelq' un a connu mon parrein (decede) EMILE DETHIER PRISONNIER EN 40 originaire de LIEGE A TRAVAILLE APRES LA GUERRE CHEZ SAROLEA PUIS WERISTERE.
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+5 #1 RE: Les prisonniers de guerreDelhaye Raoul 04-09-2010 08:18
Delhaye Maurice 7170 Manage (décédé)
Dans quel camp à t' il été prisonnier de guerre
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